La faiblesse du dispositif militaire français en Guadeloupe

L’Ouragan Irma illustre la faiblesse du dispositif militaire français en Guadeloupe

 

Face au désastre qui a frappé Saint-Martin et Saint-Barthélemy, on ne peut s’empêcher d’évoquer le départ d’un navire qui aurait été trés utile actuellement. Il s’agit du bâtiment de transport léger (Batral) Dumont d’Urville, qui a fait ses adieux à la base navale de Fort-de-France le 19 juin dernier et est arrivé à Brest le 24 juillet en vue d’y être désarmé. Spécialement conçu pour la projection de troupes et de matériel dans les territoires ultramarins, avec une coque lui permettant de s’échouer sur une plage afin d’y débarquer hommes et véhicules, long de 80 mètres, équipé d’une grue pour la manutention de lourdes charges, de petits chalands de débarquement et d’une plateforme hélicoptère, le bâtiment était capable d’embarquer une cargaison de plusieurs centaines de tonnes, dont une douzaine de véhicules. De plus, il effectuait régulièrement des exercices, appelés Cyclonex, dédiés précisément aux interventions en cas de cyclone, avec par conséquent une expertise qui disparait.

Pour succéder aux Batral, un autre type de bateau a vu le jour, le bâtiment multi-missions (B2M), issu d’un compromis intégrant la nécessité de disposer d’une plateforme plus adaptée aux longues patrouilles en mer. Le nouveau modèle dispose d’importantes capacités logistiques, sans pouvoir, contrairement à son aîné, effectuer des manœuvres de plageage. Il peut transporter des conteneurs et des véhicules, dont des bulldozers, mais doit les débarquer à quai ou sur une barge, son unique chaland, de petite taille (9 mètres), n’étant dimensionné que pour un engin léger de type 4×4.

Si le remplacement des anciens Batral par des B2M a été acté dès 2014, avec la commande de trois nouvelles unités pour Nouméa, Papeete et La Réunion, la succession du Dumont d’Urville aux Antilles était loin d’être acquise. Il a fallu que la Marine Nationale fasse preuve de persuasion pour l’obtenir. Une demande frappée du sceau du bon sens et finalement acceptée, avec l’ajout d’un quatrième B2M. Toutefois, alors que la livraison des trois premiers bâtiments est intervenue en 2016/2017, la commande du quatrième n’a été notifiée qu’en janvier dernier, renvoyant sa mise en service à la fin 2018. Entretemps, la planification de la mise en retraite du Dumont d’Urville avait été intégrée au budget et le bâtiment s’en est donc allé cet été, laissant comme on dit chez les militaires un « trou dans la raquette » dans le dispositif antillais. Quand à la gendarmerie maritime, elle arme un patrouilleur côtier avec un équipage de 14 hommes : le Violette

Et il en va de même pour l’armée de l’Air, qui avait auparavant un avion de transport lourd Transall C160  positionné aux Antilles et doit maintenant se contenter d’un petit Casa, aux capacités bien limitées. Idem pour l’armée de Terre, qui ne dispose plus sur place d’hélicoptères de manœuvre, les deux Puma mobilisés actuellement provenant de Guyane.

Les personnels militaires sont constitués d’une compagnie de réserve et d’un régiment SMA. C’est la raison pour laquelle, une compagnie de parachutistes du 3eme RPIMA de Carcassonne, et une unité du Génie de la Légion ont du faire route sur les Antilles afin d’étoffer le dispositif. La gendarmerie elle-même a battu le rappel de ses réservistes, y compris le groupement de gendarmerie de la Mayenne qui a lancé un appel à ses personnels.

Bien sûr, les militaires ne peuvent que déplorer les décisions qui ne sont pas prises à temps par le pouvoir politique. Pourtant la population  dépend pour l’heure en grande partie des moyens militaires présents en Martinique et en Guadeloupe.

Un inventaire qui, dans cette situation de grande détresse, met douloureusement en lumière la faiblesse des ressources militaires basées dans la région. Cette situation est essentiellement liée à de nombreuses vagues de restrictions budgétaires qui, au fil du temps, ont réduit les moyens. Une décrue que les élus locaux, notamment, ne cessent de dénoncer depuis des années. Et qui n’est aujourd’hui pas sans conséquence puisque ce sont précisément ces moyens, positionnés au plus près, qui sont sensés intervenir en premier avant l’arrivée des renforts métropolitains.

Pourtant, Macron qui s’est rapidement rendu sur place, fanfaronne encore, en évoquant le plus grand pont aérien mis en place depuis la seconde guerre mondiale !

 

Jean-Michel CADENAS

Chargé de Mission FN 53

(Image : Le Dauphiné.com)

 

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